L’égalité des sexes passe par une adaptation des fonds alloués aux femmes (contribution)

Victoria Sabula_AECF

En Afrique, les PME détenues ou dirigées par des femmes sont confrontées, selon la Banque mondiale, à un déficit de crédit pouvant atteindre 300 milliards de dollars par an. Cette situation « est aggravé par le fait que les femmes entrepreneurs des pays en développement sont généralement confrontées à une crise de confiance, à des déficiences en matière de leadership et à un manque de connaissances techniques », explique Victoria Saluba, directrice générale de l’Africa Enterprise Challenge Fund (AECF).

Dans une contribution qui nous est parvenue ce mercredi, l’ancienne secrétaire de l’Alliance pour une révolution verte (AGRA) appelle à une adaptation des investissements destinés aux femmes en tenant compte de leurs circonstances particulières.

Dans sa publication intitulée « Miser sur les entreprises féminines pour briser les préjugés sexistes », Mme Saluba propose un plan en cinq points pour faire progresser l’égalité des sexes et briser les préjugés.

Premièrement, elle plaide pour une réduction de la taille des investissements pour tenir compte de la petite taille des entreprises dirigées par des femmes. Cette approche, soutient-elle, présente le double avantage de diminuer les fonds à risque pour l’investisseur et d’augmenter l’accessibilité pour les femmes entrepreneurs.

Partant du constat que « 80 % des femmes entrepreneurs s’auto-sélectionnent pour ne pas obtenir de financement, principalement en raison d’une crise de confiance », Victoria Sabula invite, deuxièmement, les décideurs à  soutenir davantage de fonds, de programmes ou de guichets d’investissement réservés aux femmes.

Selon la directrice générale de l’AECF il existe toujours un déficit de compétences en matière de gestion d’entreprise sur le continent noir. Cela est généralement dû, d’après elle, à des niveaux d’éducation plus faibles et à des opportunités commerciales moins nombreuses.

Face à cette situation, M. Sabula estime qu’il faut investir davantage pour aider les femmes entrepreneurs à élaborer des plans d’affaires attrayants, des modèles financiers solides et des compétences en gestion d’entreprise. Car, « les femmes africaines ne manquent pas de bonnes idées, mais certaines ne parviennent pas à les conceptualiser pour en faire des plans solides et exécutables ».

Victoria Sabula est en effet convaincue que ce n’est qu’avec une bonne orientation que les femmes entrepreneurs peuvent libérer le potentiel de leurs entreprises en investissant dans les capacités et les compétences entrepreneuriales fondamentales des femmes.

Elle cite en exemple Bintou Traoré, Directrice générale de Poceram, un producteur de cuisinières au Burkina Faso qui attribue la croissance de son entreprise à une formation qui l’a aidée à prendre confiance en elle et à apprendre à travailler en équipe pour obtenir de meilleurs résultats.

Par ailleurs, suggère Mme Saluba, les conditions contractuelles doivent être adaptées aux réalités des femmes entrepreneurs et à leur moindre propension à lever des fonds de contrepartie ou des investissements de suivi dans les délais impartis.

Enfin, elle exhorte les uns et les autres à concentrer les investissements sur les entrepreneurs et les entreprises qui ont un impact positif sur l’autonomisation économique des femmes. Cela peut avoir, espère-t-elle, un effet multiplicateur sur la réduction de la discrimination en faveur des hommes et l’augmentation de l’autonomisation.